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Près d’1/3 des utilisateurs achètent les produits du spam !

C’est ce que rapporte en tout cas l’entreprise britannique Marshal, spécialisée en solutions de sécurité Web, dans le sondage qu’elle a mené en ligne auprès de 622 utilisateurs. Selon cette étude, menée entre les mois de juin et de juillet 2008, 29,1% des sondés ont apportés leurs réponses à la question « Qu’avez-vous acheté comme produits issus d’emails de spams ? »

Si le nombre de sondés peut paraître faible pour obtenir des résultats probants, il n’en reste pas moins que les réponses des utilisateurs étaient volontaires et que la proportion qui en résulte peut être comparée à celle établit en 2004 par l’institut Forrester Research, qui comptabilisait déjà 20% de personnes répondant favorablement aux spam qu’ils recevaient.

Par ailleurs, une hausse de cette proportion serait somme toute plausible, compte tenu de l’augmentation importante qu’ont connu les envois de spam au niveau mondial depuis 2004.

« Le sondage met en lumière une vérité qui dérange », déclare ainsi Bradley Anstis, Vice-Président du département Produits de Marshal. « Nombre d’entre nous se pose souvent cette question : pourquoi y a-t-il autant de spam ? La réponse est simplement que beaucoup de personnes achètent les produits vantés par le spam, ce qui rend donc utiles et profitables les efforts des spammeurs. »”

Le sondage révèle également qu’en moyenne, parmi les sondés ayant admis avoir effectué des achats, chacun aurait réalisé plus de deux achats différents via le spam. Selon Marshal, ceci prouverait que ces personnes prennent pour habitude le fait d’acheter des produits selon les spams qu’elles reçoivent.

Outre ces résultats, Marshal souligne que, si le spam parvient à proliférer aussi facilement, c’est également en grande partie dû aux économies d’échelle sur les moyens d’exploitation, que les spammeurs se permettent de réduire avec les fameux botnets. D’après des données retransmises par le FBI, les détenteurs de botnets feraient payer l’envoi du million de messages entre 5 et 10$ ! Les possesseurs des botnets les plus grands parviendraient ainsi à gagner jusqu’à 150 000$ par jour.

Pour autant, les analyses hebdomadaires réalisées par la société Marshal établissent que seulement 4 bots se partageraient 85% des envois de spam.

Graphique des bots les plus importants
Graphique de répartition des différents bots selon le nombre de spam émis
durant la semaine du 25 au 31août 2008

Les USA continuent de s’attaquer aux spammeurs

L’Oncle Sam ne baisse pas sa garde et continue de traquer les spammeurs sur son sol… et même en dehors !

Après 4 ans d’envois de spam aux clients d’AOL, et alors même qu’il plaidait coupable, le jeune américain de 24 ans, Michael Dolan, s’est vu infligé la peine maximale par le tribunal du Connecticut, soit sept années d’emprisonnement, dont trois ans ferme. L’argument de la santé mentale fragile de Michael Dolan, plaidé par son avocat, n’a donc pas retenu l’attention des juges qui ont rendu le verdict le plus sévère attribué à un spammeur. Une condamnation très certainement faite pour l’exemple, étant donné les dommages causés par Michael Dolan : 400 000$, escroqués à 250 personnes, ce qui représente relativement peu de choses par rapport au « marché » du spam.

Mais les Etats-Unis continuent de déployer leurs moyens face aux spammeurs. Récemment encore, c’est un jeune homme de 19 ans qui a été arrêté au Pays-Bas, avant qu’il ne puisse vendre les données de son botnet à un Brésilien de 35ans (le Brésil étant le quatrième pays pourvoyeur de spams au monde). Cette arrestation a été rendue possible grâce à la coordination des informations de la cyber-police Hollandaise, du FBI et de l’éditeur d’antivirus Kaspersky, qui a repéré le logiciel malveillant sur 150 000 machines. Le bot se répandait en utilisant les contacts du logiciel de Messagerie Instantanée Windows Live Messenger.

Encore et toujours plus de spam…

Les chiffres fournis dans le rapport que vient d’établir la société Secure Computing (spécialisée dans les solutions de sécurité logicielle et Web) ont de quoi faire frémir. L’entreprise aurait ainsi relevé une augmentation de 280% du spam par rapport à la même période l’année dernière. En moyenne, 150 milliards de spam seraient ainsi envoyés chaque jour à travers Internet.

Leur provenance aurait toujours comme principale région les Etats-Unis, avec une part de 16,56% sur la totalité des envois mondiaux. Viennent ensuite, dans le top 5, la Russie (6,71%), la Turquie (6,51%), le Brésil (5,29%) et l’Italie (4,32%). Secure Computing estime d’ailleurs que ce classement pourrait être à l’avenir largement modifié par le développement des infrastructures réseau dans des pays émergents. On pense forcément à la Chine (à la 6ème place avec 3,49%) et à l’Inde (en 9ème position avec 2,99%), où le développement des NTIC est très rapide.

Autre phénomène intéressant noté dans le rapport et concernant l’évolution que connaît le spam, les messages en anglais ne composent plus que la moitié des spam diffusés. Si ces derniers ont toujours préféré la langue anglaise pour toucher un maximum de personnes, le japonais se retrouverait à présent dans 12% des spam émis, l’allemand dans 10% des messages et le chinois et le français en représenteraient chacun 5%.

Le rapport tente également une prédiction sur les menaces susceptibles d’atteindre des appareils mobiles perfectionnés tels que l’iPhone. Autorisant aujourd’hui une connexion permanente à des réseaux haut débit mobile, les SmartPhone pourraient faire l’objet d’attaques ciblées des spammeurs pour recueillir les informations complètes d’un carnet d’adresses (généralement synchronisées avec celles de l’ordinateur de bureau) à l’aide de bots installés sur ces appareils. Par la suite, il serait plausible d’assister à une forte augmentation du trafic réseau des opérateurs mobile ; ce qui engendrerait alors des baisses de leur qualité de service.

Spam : Filtrer les mails sortants

Dans une tribune écrite pour le site NetEco, le Directeur Général de Netlevel Security, Christophe Duméril, soumet l’idée intéressante qu’une partie non négligeable des spams, qui occupent le trafic lié à la messagerie, proviendrait également d’un manque de filtrage des messages sortants.

Alors que les solutions anti-spam n’étaient souvent proposées qu’en option il y a quelques années, elles font aujourd’hui de plus en plus parties intégrantes des services ou logiciels de messagerie. Pour autant, leur action reste pratiquement toujours concentrée sur le filtrage des emails entrants dans les boîtes électroniques.

Or, avec l’évolution des moyens et des réseaux haut débit, les spammeurs ne s’occupent pratiquement plus de la tâche de diffusion des spams et laisse cette dernière aux machines victimes des botnets. Des utilisateurs génèrent ainsi sans le savoir, depuis leurs propres machines, des spams en direction des contacts de leur carnet d’adresses ou vers d’autres adresses emails, listées et transmises par les serveurs du botnet.

Un filtrage des mails sortants permettrait une diminution de l’efficacité des botnets ; ce qui est loin d’être anodin lorsqu’on sait que 43% des bots mondiaux auraient choisi l’Europe comme zone de prédilection de leur activité.

Venir un jour à bout du spam… une utopie ?

A quoi bon lutter ? Depuis maintenant des années, nous, modestes utilisateurs et victimes du spam, ne faisons que nous défendre devant ce qui est aujourd’hui reconnu comme le premier fléau d’Internet. Les logiciels existent, les solutions intégrées se répandent, les Webmails se protègent, mais tout n’est fait que dans le but de résister à l’inévitable attaque du spammeur. Alors est-il possible de l’attaquer, lui ?

Concrètement, les choses bougent ! Si en Europe, le spam est punit par la loi, il faut bien admettre que peu de cas de condamnation de spammeurs en France, ou ailleurs en Europe, ont été relevés dans la presse. Mais il faut aussi admettre que la chose est maintenant considérée comme un délit (ce qui ne fut pas toujours le cas) et dénote déjà d’une prise de conscience sérieuse de la part des gouvernements quant à ce fléau du Web.

La lutte contre le spammeur atteint même de nouveaux sommets aux Etats-Unis avec l’arrestation récente de Robert Soloway, surnommé le « Roi du Spam » pour avoir envoyé plusieurs dizaines de millions de spam via sa société. Le tribunal qui le juge en ce moment a requis à son encontre 26 ans de prison. On comprend bien là la volonté du tribunal de faire un exemple. Celui-ci risque d’avoir d’autant moins de peine d’être clément que Robert Soloway n’en est pas à sa première condamnation. Le Roi du Spam a déjà eu à se défendre face aux accusations de Microsoft, pour ne citer que lui, mais il s’en était toujours sorti avec des condamnations à l’amende ; amendes que Soloway ne paya jamais. Pourtant, cette fois-ci, notre accusé plaide coupable car il sent bien que le vent de la répression anti-spam a pris un nouveau souffle.

La condamnation lourde qu’il encourt est un avertisseur fort à tous ceux résidant dans le premier pays pourvoyeur de spam au niveau mondial (selon des études menées chez l’éditeur d’antivirus Sophos, 15,4% des spam de la planète proviennent des Etats-Unis). Nouvelle preuve de cette campagne anti-spammeurs menée par les Américains, la victoire devant la Cours de Californie du site MySpace face à deux spammeurs notoires, Walter Rines et Stanford Wallace, dit Spamford, pour avoir détourné plusieurs comptes utilisateurs du fameux réseau social, toujours dans le but d’augmenter la diffusion des spams. Pas de prison, cette fois-ci mais une amende record : si Sapmford s’était déjà vu infligé une amende de 4 millions de dollars en 2006, celle qu’il vient d’écoper en 2008 avec son collègue s’élève à 234 millions de dollars !

Et les Etats-Unis ne sont pas les seuls à avoir pris la mesure de cette pollution numérique. Au début de l’année 2007, l’Asie, première région géographique émettrice de spam, a brutalement sonné le gong de la répression anti-spammeur. Via le Japon, d’abord, avec l’arrestation de quatre personnes qui, par le piratage d’un site de rencontres très populaire au pays du Soleil Levant, auraient envoyé rien de moins que 5,4 milliards de spam en seulement 2 mois ; puis via la Corée du Sud, ensuite, avec l’interpellation de deux hommes, Park (faussement nommé la Reine du Spam) et Kwon, pour l’envoi d’1,6 milliards de spam, en 4 mois, depuis des ordinateurs des services administratifs et financiers du pays.

En France également, le secrétaire d’Etat à la Consommation, Luc Chatel, a annoncé la création d’un comité de déontologie visant à protéger le consommateur des pratiques intrusives effectuées sur les services de communication en ligne. Est ainsi directement visée une nouvelle méthode de diffusion des spam, celle effectuée sur les téléphones mobiles.

Car non content d’avoir infesté les boîtes électroniques sur ordinateur, le spam s’amuse maintenant à investir tout moyen de communication numérique textuel : SMS, Messagerie Instantanée, Forums et maintenant Blogs, rien ne semble pouvoir lui échapper ! Fort heureusement, chacun développe aussi de son côté des méthodes de filtres, par ailleurs de plus en plus efficaces, pour limiter au maximum son invasion. Mais l’éternel jeu du chat et de la souris se met en place et s’ensuit alors une guerre numérique, voire une guerre des nerfs, pour savoir lequel abandonnera le premier.

Si le spam a toujours eu depuis ses débuts un objectif purement mercantile dans sa ligne de mire, sa prolifération a aujourd’hui entraîné dans la bataille des Etats tout entiers. Or, si le combat persiste, celui-ci pourrait aussi être perçu par les développeurs de logiciels de spam en une sorte de lutte « révolutionnaire » face aux administration étatiques. Pire, et pourtant parfaitement plausible tel que l’a montré l’arrestation du Coréen Park, le spam pourrait être utilisé dans une guerre virtuelle afin de paralyser en très peu de temps des infrastructures informatiques stratégiques, croulant sous le nombre de spam envoyés ou reçus.

Dans ces conditions, avec sa capacité d’évolution, sa force de diffusion et l’argent facile qu’il permet de générer pour quelques pirates en mal de reconnaissance, le spam semble aujourd’hui autant ancré dans la messagerie que ne l’est une arobase dans une adresse mail ! Une lutte apparemment sans fin, mais inévitable compte tenu du fléau que représente le spam sur le trafic Internet d’aujourd’hui.